Je vous parle d'un temps que les moins de 15 ans ne peuvent pas connaître !
Vous vous souvenez sûrement il y a quelques années des sublimes autocollants sur les vitres arrières des bagnoles haut de gamme avec les inscriptions "The GTI Touch", ou encore "The Turbo Touch". Signes extérieurs de richesse d'une beaufitude affirmée. C'est un peu le problème avec les beaufs, c'est qu'ils assument.
Depuis quelques mois, j'ai l'impression que l'objet cultissime du beauf est le cadre photo numérique. Oh le bel objet que voila. Déjà sur un plan décoratif, il s'accorde merveilleusement bien dans un salon et permet à peu de frais, en l'installant dans un endroit à la vue de tous, de montrer à quel point on est moderne et "aware" aux nouvelles technologies. Ça c'est de la geek attitude. Finis les albums photos dans le placard, c'est pour les ringards (zut j'en suis).

Pour dire à quel point cet objet devient indispensable à tout crétin disposant d'un appareil photo numérique (la démocratisation d'une technologie et le progrès font toujours des ravages), il est offert aux premiers perdants du jeu de Nagui le midi sur France 2. Tout un symbole.
Je ne sais plus dans quelle blague on expliquait la différence entre le paradis et l'enfer ou quelque chose comme ça. Le paradis c'est une soirée entre amis, l'enfer c'est quand il y en a un qui a apporté ses photos.
Finies les photos qui font le tour de la table de mains en mains entre le café et le digestif le dimanche vers 16h avant la petite promenade au bord du lac pour aider mémé a digérer. Maintenant on cherche une prise de courant, on branche son sublime cadre et en avant le diaporama grandiose, à 8 devant un écran de 20 cm de diagonale. Autrement dit, si on parvient a se faufiler pour trouver une place, on observe les magnifiques photos entre l'oreille de Pépé, la tonsure de Tonton Jacky et la mise en plis de Tata Jacqueline.

Moi j'ai trouvé une solution à ce problème. Et je peux vous en parler car je l'ai vraiment vécu. Une après midi chez la belle famille durant laquelle mon beau frère était fier comme un paon de nous montrer ses photos prises en Egypte. Je me suis mis de l'autre coté du cadre, derrière. Et ma belle sœur qui répétait sans cesse "Mais tournez le cadre sinon Emmanuel ne va rien voir", et moi qui répétait sans cesse "non non, j'ai la meilleure place là, ne changez rien".

A l'heure qu'il est, je pense qu'elle n'a toujours pas compris pourquoi je n'avais pas souhaité partager ce grand moment convivial. J'étais dans mon instant Jedi, moi aussi j'ai le droit de passer du côté obscur de la force, non ?